« Accepte-toi tel que tu es. En accord avec tes vices. En proportion avec ta mesure. », Francis Ponge, Les Escargots (in Le parti pris des choses)


Me voici maintenant de nouveau, mais avec une sorte de primeur, de fraîcheur, de transparence jusqu’ici inavouée, face à une vie médiocre ?

Une vie qui a perdu tout sens. Encore.

Une vie fantasmée, idéalisée, que je n’aurais jamais pu offrir à un être vêtu de sa seule réalité.

Une vie dans laquelle l’amour n’est qu’illusion et déception après les montagnes du plaisir et de l’émerveillement de soi-même.

Une vie où l’émotivité exacerbée est un handicap que l’on vous renvoie comme un défaut, une erreur de soi, un vice.

Une vie où l’on doit être prêt à tout alors qu’on n’est pas prêt, jamais.

Une vie où l'on doit apprendre à se battre pour exister, alors qu’on aimerait juste se laisser glisser.

Une vie où les gens se délectent de diaboliser les sensibles, de les dominer comme s’ils étaient la lie de l’humanité.

Une vie où l’enfance n’est finalement qu’un aveuglement, et où les adultes se sont déjà crevés les yeux en riant aux éclats de leur grande lucidité sur les choses.

Une vie où l’intelligence n’est pas le lien mais où elle est écrasement des plus faibles et orgueil avare de caresses et avide de substances à la paille.

Tout ce que je rêve de beau pour moi n’est qu’un chemin, une posture. Il n’y a pas de fin en soi à part la mort, et encore. La liberté n’existe pas, mais je suis libre en la cherchant sans cesse. Le bonheur n’existe pas, mais je suis heureuse à chaque instant où je scrute l’essentiel.
L’amour n’existe pas, si ce n’est dans la quête infinie du désir de l’autre et de l’agréable reflet de soi-même.

Je ne veux pas être libre pour écraser les vivants.
Je ne veux pas être heureuse pour rire à la face du monde qui souffre.
Je ne veux pas aimer pour te mettre le nez dans ta merde.

On m’a dit « écoute ton âme », mais on ne m’avait jamais dit que j’avais une âme. Je ne lui avais jamais parlé.
Ce n’est pas une âme qui m’habite, c’est le multiple de mon être. Chacun d’entre vous fait écho à une partie du tout, à des pôles émotionnels, à des mécanismes obscurs, à des machines rationnelles.

J’ai écouté, je n’ai rien entendu. Peut-être au loin, très profond, quelques cris de haine et des remontrances violentes contre moi-même.

Nous ne sommes pas tous égaux face au monde, et nous ne sommes pas tous face à nous-mêmes non plus. Etre face à toi-même, ce n’est pas te regarder agir, c’est te prendre le monde par les trous de nez, et inspirer de tout ton être les molécules que vous avez en commun.

Le 17 avril 2009

Appropriation du Soi...


...multiplicité du dedans.
Appropriation du monde, diversité du dehors

Tout Monde

La multiplicité du dedans est ma façon d'être au monde. Monde complexe du vivant. Comment accepter une simplification de soi-même quand on tend vers la connaissance ?

St Blaise, patron des gorges déployées

Photo d'ALGo


Faisons Gras et Cendres
Le Carnaval n'est pas un festival
Ce n'est pas parce que nous sommes un peu niçois
que nous nous approprions le Carnaval,
Mais bel et bien parce qu'il est scandaleux et impertinent.
Carnaval se moque de l'inter-culturalité,
Carnaval préfèrerait à la limite être trans-culturel,
d'ailleurs Carnaval se moque de la Culture tout court
surtout quand elle porte la majuscule des dominants.
Carnaval est païen, gourmand et insolent.
Mais Carnaval est aussi un roi. Le roi des vents.
Si nous nous approprions le Carnaval,
c'est que la contestation doit se réinventer.
Carnaval accueille les insoumis dans ses rues
et nous force à inventer de nouvelles armes.
Mais pas que du vent.
Aussi du gaz, de l'explosif et de l'hilarant.
Quand le Pouvoir s'approprie Carnaval,
il maintient l'ordre social en feignant de le renverser.
Nous ne sommes pas dupes.
Les masques du Pouvoir, nous les arrachons aussi
grâce à nos bâtons de connaissance.
Nos savoirs déconsidérés sont les mieux à mêmes de démasquer les puants aux dents blanches,
les salauds aux mains propres,
les nazillons démocrates
ou les spéculateurs concentrationnaires.
Nous ferons gras et cendres
en soutien aux peuples qui s'élèvent
dans les inavouées"colonies" françaises.
Nous ferons gras et cendres
jusque dans le Carême politique et économique que l'on nous impose.
Ne laissons pas Carnaval otage de l'industrie,
otage des médias, otage du divertissement.
Libérons Carnaval des dominants et de leurs cages dorées.
Que vive Carnaval !

Carnavals urbains.


Carnaval de la Plaine 2006. Procès du caramentran (cette année-là Gabi le Gabian) : procès des dirigeants locaux et nationaux, des entreprises privées qui se gavent d'argent public, et de tous les acteurs de la gentrification marseillaise et mondiale.

Le cri du Frioul "C'est où qu'on est encore libre ?"

(...) Tu es sage, laisse émerger ta folie.

Tu possèdes la vision profonde, sois aveugle,

Tu entends, sois sourde.

Qu'ils t'imaginent comme un bloc d'insensibilité

et entendent ce qu'ils désirent. (...)

(...) L'esprit humain ne peut trouver satisfaction

Dans le pouvoir, serait-ce celui d'un roi.

Il ne peut trouver satisfaction en renonçant au monde

Mais il la trouve en revenant sans cesse à sa propre source. (...)

Lalla, XIVème siècle.

Rigaudon dans la ville

Les pieds dans un rayon de soleil marseillais.

" Le petit paysan voit son mode de vie, ses objets quotidiens, survalorisés et mythifiés alors que lui-même en était arrivé à les déprécier et à vouloir imiter les modèles de la ville. Et voilà que les gens de la ville feignent de l'envier. Il sait son monde condamné, et la civilisation qui le tue le pare au dernier moment de toutes les vertus. Cette culture populaire que les paysans, et plus généralement les minoritaires, laissaient mourir parce que la promotion sociale et le progrès l'exigeaient, voilà que réduite en folklore, elle devient un objet marchand. Eux-mêmes sont des objets marchands, ils font partie des biens de la réserve indienne, du patrimoine que le tourisme met en valeur. Alors ils sont flattés et amers en même temps", Roland Pécout, Musiques folk des peuples de France, 1978.